Au cœur du massif du Taennchel, au-dessus de Ribeauvillé, subsistent les traces d’une activité ancienne et méconnue : les verreries forestières. Entre le XVIIᵉ et le début du XVIIIᵉ siècle, ces hameaux isolés vivaient au rythme des fours, du travail du verre et de la forêt qui fournissait l’énergie indispensable à leur activité. Aujourd’hui, ces lieux témoignent d’un savoir-faire disparu et d’un mode de vie étroitement lié à l’environnement naturel.
La volonté des seigneurs de Ribeaupierre d’exploiter leurs richesses forestières, associée à l’abondance des ressources essentielles aux verriers, (le bois pour alimenter les fours, les matières premières comme le sable siliceux et l’eau avec l’Ibach pour refroidir le verre), ont fait prospérer une véritable industrie sur les flancs du Taennchel.
Le choix de cette implantation répond à une nécessité technique : la fabrication du verre exige une consommation considérable de bois pour alimenter les fours. Ces derniers doivent atteindre des températures très élevées et fonctionner sans interruption pendant de longues périodes. La forêt représente donc à la fois une ressource énergétique et un environnement propice à l’installation d’ateliers isolés.
Le verre est obtenu par la fusion d’un mélange composé principalement de sable riche en silice et de cendres végétales, utilisées comme fondant. La qualité du produit final dépend de la précision des dosages, de la constance de la température et de la maîtrise des gestes.
Autour du four, chaque tâche est spécialisée : préparation des matières premières, alimentation du feu, façonnage à chaud, refroidissement progressif. Le travail est exigeant et demande endurance, coordination et expérience.
Il semble que le peuplement se soit fait lentement, avec l’arrivée dans les années 1450-1510 des premières familles qui s’appelaient Scheidecker (bûcheron), Entzmann (menuisier), Mathis et Wegscheider (verriers), tous venus d’Autriche et de Suisse.
Les verreries ne sont pas seulement des ateliers : elles donnent naissance à de véritables hameaux forestiers. Les verriers, leurs familles et les ouvriers vivent sur place. Les habitations s’organisent autour des bâtiments de production.
Peu à peu, une vie communautaire s’installe, rythmée par le travail du verre, mais aussi par la vie quotidienne en forêt. Le savoir-faire se transmet de génération en génération.
L’installation de verriers en un lieu est conditionnée par la présence des matières premières : le silice, le combustible et certains additifs. La silice sera fournie parles grains de sable eux-mêmes issus de la désagrégation du grès, si abondant au Taennchel au-dessus de 700m. Les fondants utilisés pour réduire le point de fusion le sont également : potasse, fougères, cendre de sapins,
Ces conditions favorables et la volonté des Ribeaupierre d’exploiter leurs richesses forestières, ont fait prospéré une véritable industrie sur les flancs du Taennchel, animée par des maître-verriers venus des hauts-lieux de la fabrication du verre
C’est sur le site « Eberlinsmatt« que l’on trouve les traces du premier four installé par les verriers auprès de la maison seigneuriale. Un deuxième four est installé en 1687 au « Vorder Ibach« , actuelle Grande Verrerie, puis un troisième en 1707 au « Hellhocken« , actuelle Petite Verrerie.
L’ensemble de hameaux situés sur les dessus de Ribeauvillé perpétuent la mémoire du lieu, témoignant, de l’organisation humaine qui s’est développée autour des ateliers forestiers. Elles rappellent que ces lieux étaient bien plus que des sites de production : ils formaient de véritables communautés installées durablement dans le massif. Chacun possède son identité, son histoire et ses particularités, façonnées au fil des générations par la vie rurale, les traditions locales et l’activité verrière. Ensemble, ils composent un ensemble cohérent et authentique, où patrimoine, nature et mémoire collective s’entremêlent pour former un cadre de vie unique.
L’activité des verreries forestières repose sur un équilibre fragile entre ressources naturelles, savoir-faire et organisation humaine. Pendant plusieurs décennies, cet équilibre fonctionne grâce à l’abondance du bois et à la maîtrise technique des verriers.
Mais la consommation massive de combustible entraîne progressivement un appauvrissement des ressources locales. À mesure que la forêt se raréfie autour des ateliers, il devient nécessaire d’aller chercher le bois plus loin, ce qui complique l’exploitation et augmente les coûts.
Parallèlement, les techniques évoluent. L’industrie verrière se modernise progressivement. Les ateliers isolés en pleine forêt perdent leur avantage face à des installations plus centralisées, mieux organisées et adaptées aux nouveaux procédés de fabrication.
A l’extinction du dernier four dans les années 1730, les familles vont se reconvertir en bûcherons, éleveurs, agriculteurs ; les anciennes ’’Hütten’’ ayant abrité un four sont transformées en ’’Melkerei ’’ (étable ou laiterie). En raison de l’éloignement de Ribeauvillé, les hameaux des Verreries disposaient de leur propre Chapelle-Ecole, faisant office de lieu de messe, mais aussi de salle de classe, l’une à la Petite Verrerie, l’autre à la Grande Verrerie.
Les traces de l’activité verrière s’estompent, mais ne disparaissent pas totalement. Vestiges, bâtiments conservés et mémoire locale continuent de témoigner de cette période d’intense activité artisanale.
Si l’activité verrière a disparu, le site n’a pas perdu son identité. L’ensemble de hameaux situés sur les dessus de Ribeauvillé perpétuent la mémoire du lieu, témoignant, de l’organisation humaine qui s’est développée autour des ateliers forestiers. Elles rappellent que ces lieux étaient bien plus que des sites de production : ils formaient de véritables communautés installées durablement dans le massif.
Chacun possède son identité, son histoire et ses particularités, façonnées au fil des générations par la vie rurale, les traditions locales et l’activité verrière. Ensemble, ils composent un ensemble cohérent et authentique, où patrimoine, nature et mémoire collective s’entremêlent pour former un cadre de vie unique.
La chapelle-école restaurée des Verreries est dotée d’une cloche dont l’histoire est liée à l’église St Grégoire où elle était la seule cloche ancienne. Miraculeusement préservée par Emile Herzog, futur archiviste de la ville de Colmar, qui se faisant passer pour un expert en cloches anciennes, la sauva alors qu’elle devait être fondue par les allemands. Elle ne fut jamais intégrée au carillon des autres cloches de St Grégoire, mais resta uniquement affectée aux enterrements des petits enfants de moins de 3 ans.
La cloche porte l’inscription «Omnipotenti deo et virg. Deiparae cognatam Elisabeth visitanti dicata. Mathaeus Edel zu Strasburg goss mich 1779 ». En français : « Dédiée au Dieu tout-puissant et à la Vierge, mère de Dieu, rendant visite à sa cousine Elisabeth. Mathieu Edel m’a fondue à Strasbourg en 1779 ». La petite cloche porte en relief l’effigie de la Vierge Marie et d’Elisabeth.